mercredi 5 août 2015

La montagne

Pic de l'Aurore, en Gaspésie


J'étais très jeune quand j'ai fait mon premier grand rêve. Je devais avoir 8 ou 10 ans. J'ai fait ce même rêve au moins deux fois, peut-être trois:
Je quittais l'endroit où je vivais à la campagne.  Dans un de ces rêves, je disais adieu à mon cheval.  Et je me retrouvais au pied d'une haute montagne accompagnée d'un compagnon poilu: un ours qui marchait comme un humain mais ne me parlait pas.  Et là commençait un long périple. 

Je n'escaladais pas cette montagne, j'entrais dedans.  J'entrais dans un tunnel et marchais à quatre pattes à l'intérieur.  L'ours me suivait.  Après avoir ainsi rampé dans le noir un bout de temps, nous arrivions à une pièce creusée dans la montagne où se trouvaient un ou des bureaux anciens et sur ces bureaux je découvrais des petits coffrets, des fioles.  Et j'ouvrais chacun de ces petits contenants.  Chaque fois, j'avais un merveilleux sentiment en découvrant ce qui se trouvait là.   Le rêve ne me montrait jamais le contenu.  Et le périple continuait.  De nouveau, je rampais dans le noir, l'ours derrière moi, et puis je découvrais une nouvelle pièce où se trouvaient un ou des bureaux sur lesquels reposaient des petits coffres, des fioles.  Et chaque fois que j'ouvrais un de ces contenants, je ressentais un nouvel émoi.  Et le rêve continuait ainsi.  Je découvrais toujours de nouvelles pièces, de nouveaux trésors, quatre fois, cinq fois, six fois ...  C'était magique!

J'ai compris plus tard que ce rêve préfigurait mon cheminement intérieur, avec ses moments pénibles dans le noir, mais aussi toutes les petites découvertes qui ont jalonné ma vie et m'ont permis peu à peu de me connaître et de m'aimer comme je suis.
Michelle


16 commentaires:

  1. Tes rêves sont toujours très riches et je crois qu'ils t'ont vraiment enseigné un chemin de vie. Amitiés.

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  2. Merci beaucoup Ariaga!
    Bisou,
    Michelle

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  3. Bonjour Michelle,

    C’est un bien beau rêve que ce rêve récurrent de ton enfance.
    L’ours qui t’accompagne gentiment et semble veiller sur toi au long de ce parcours de découverte(s) me fait penser à l’ours du conte "Neigeblanche et Roserouge", conte commenté par Marie-Louise von Franz dans "La femme dans les contes de fées".
    À propos de l’ours ami qui accompagne et protège les deux fillettes, M.L.von Franz dit qu’il s’agit de l’aspect positif de l’animus des fillettes, tandis le méchant nain qui les tourmente serait l’aspect négatif de leur animus.
    L’animus étant pour une femme l’aspect masculin inconscient qui lui permet d’entrer en relation avec la profondeur de l’inconscient et ses richesses cachées, je me dis que ces rêves récurrents préfiguraient * bien ton intérêt à venir pour "l’inconnu en toi", intérêt qui serait soutenu par une part de l’inconnu lui-même puisque l’ours-animus est une part de l’inconnu ou inconscient d’une femme.

    Amezeg

    * Le préfiguraient et le stimulaient peut-être, l’encourageaient, car il semble bien que l’inconnu soit très intéressé par... la découverte de l’inconnu faite par la conscience individuelle d’un être incarné...

    P.S. Je fais un rapprochement entre ton rêve ici et le rêve cité par La Licorne, "Le gouffre sous la maison ", que tu as peut-être lu sur son blog "Grands rêves". Car, à mes yeux, il est question, ici comme là-bas, de la capacité de l’animus d’une femme à lui faire découvrir ses richesses intérieures profondes et cachées, au fond des eaux d’un gouffre ou au cœur des grottes souterraines d’une montagne.
    Mais peut-être avais-tu fait, toi aussi, ce rapprochement... :-)

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  4. Bonjour Amezeg,

    Je n'avais pas lu ce rêve "Le gouffre sous la maison". Merci de m'en avoir parlé ici. L'ours comme symbole de l'animus, je n'y avais pas pensé, c'est très plausible et intéressant. L'animus qui de toute évidence était ici une figure amie, un compagnon silencieux mais si présent. L'animus dans mes rêves je le ressens souvent comme une menace, un personnage ambigu, mais j'en ai parfois eu aussi une vision agréable, par exemple une fois plusieurs hommes à l'arrière d'un camion qui partent au travail. Je n'ai pas assez lu Marie-Louise von Franz, et tu me donnes le goût de lire celui-ci: La femme dans les contes de fées.

    Merci beaucoup Amezeg pour ton intéressant commentaire et de m'avoir fait lire "Le gouffre sous la maison". J'ai vu qu'il y avait beaucoup d'articles à la suite qui en reparlaient. Je vais y retourner!

    Bisous amicaux,
    Michelle

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    1. Oui, comme Amezeg, je vois un rapport entre ton rêve et celui du gouffre : "aller visiter une grotte à l'intérieur de la montagne" et "aller visiter le fond d'un gouffre" me paraissent deux explorations assez similaires...

      Je connais bien l'ours de "Neigeblanche et Roserouge" et c'est une référence intéressante...

      Mais l'ours peut représenter bien des choses et si l'on tient compte de ton âge au moment de ce rêve, il peut aussi avoir un rapport avec l'image maternelle...

      Jacques de La Rocheterie dit, à ce propos, cela :
      " Il (L'ours) peut évoquer "tous les instincts que le rêveur a concentrés et projetés sur sa mère ; en d'autres termes, l'ours est une personnification de la fixation infantile sur l'image maternelle. Aussi longtemps que l'ours demeure l'animal instinctuel par excellence, c'est que les instincts du rêveur ne sont pas encore développés, sont restés primitifs, et sont entièrement gouvernés par le désir infantile d'être choyé et dorloté".
      Ce désir, si naturel chez l'enfant, se projette sur le "nounours en peluche"...mais il devient ensuite névrose si le rêveur ne se détache pas de la mère et tourne le dos à la vie".

      Si j'examine mes propres rêves, je dois dire que l'ours y représente assez souvent l'aspect "maternel" de l'inconscient...mais un aspect qui oscille entre la douceur (nounours) et la sauvagerie...

      Voici ce qu'en dit T. Moir : "L'ours est souvent présent dans les rêves d'enfant. C'est la perception de leur propre mère quand celle-ci est soumise à des accès d'humeur qui la rendent imprévisible. Elle peut être douce et chaleureuse et devenir soudain menaçante quand elle ne contrôle pas sa colère ou punit son enfant de façon disproportionnée".

      Dans le dictionnaire des symboles, on dit de lui qu'il est "la divinité des montagnes"...et que "le souffle mystérieux de l'ours émane des cavernes. Il est une expression de l'obscurité, des ténèbres : en alchimie, il correspond à la noirceur du premier état de la matière. L'obscurité, l'invisible étant liés à l'interdit, cela renforce sa fonction d'initiateur."

      Cette dernière remarque correspond bien à ton rêve, je trouve...l'ours est comme un "compagnon protecteur et initiateur", qui, lié à l'obscurité "maternelle" de la grotte, te protège et te rassure, au fur et à mesure que tu découvres les "merveilles" du monde souterrain...

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  5. ...et j'ai aussi trouvé une autre approche du symbole de l'"ours" qui me paraît encore plus pertinente : c'est Georges Romey qui le voit comme "un "homme des cavernes", une sorte d'"ébauche mal dégrossie d'être humain"...

    Il dit : " Le mythe, les productions littéraires, les rêves et la symbolique alchimique confèrent à l'ours la signification d'un début de cycle. C'est le noir d'où sortiront les couleurs, le chaos qui contient les principes de la création ordonnée, l'informe, le terreau d'où jaillira l'élaboration formelle, les forces inconscientes qui nourriront l'accomplissement de la conscience.(...)

    (L'image de l'ours) a la plupart du temps comme finalité une réconciliation du rêveur avec ses élans les plus naturels.
    Représentation de la prima materia, étroitement associé à la notion d'ébauche, d'informe...l'image de l'ours apparaît au commencement d'un cycle d'évolution.
    De celui-là-là, il est à la fois l'annonce et l'un des premiers acteurs."

    Amitiés.

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  6. « Dans un de ces rêves, JE DISAIS ADIEU À MON CHEVAL. Et je me retrouvais au pied d'une haute montagne accompagnée d'un compagnon poilu : un ours qui marchait comme un humain mais ne me parlait pas. Et là commençait un long périple. »

    La rêveuse, l’enfant Michelle, dit adieu à ce qui la portait jusque là dans sa vie, son cheval instinctif, et entreprend une marche de découverte du sein mystérieux de la montagne accompagnée par un ours "qui marche avec elle". C’est un passage du cheval quadrupède, qui la portait jusque-là dans le monde extérieur, à l’ours bipède qui l’accompagne dans la découverte du monde intérieur.
    Elle entame son exploration en marchant à quatre pattes, mais la capacité bipède de son compagnon ours semble préfigurer sa propre capacité à quitter la marche à quatre pattes instinctive de l’enfance et à se tenir debout comme l’humain adulte. L’ours me semble donc être ici la figuration de l’esprit ou animus de la rêveuse qui lui permettra de ne pas demeurer enfouie dans la vie très instinctive de l’enfance et d’amener à la conscience (d’intégrer à la conscience) les découvertes faites dans les différents contenants, coffrets, fioles, qu’elle ouvre les uns après les autres.

    Amezeg

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  7. « J'ENTRAIS DANS UN TUNNEL et marchais à quatre pattes à l'intérieur. L'ours me suivait. Après avoir ainsi rampé dans le noir un bout de temps, nous arrivions à une pièce creusée dans la montagne où se trouvaient un ou des bureaux anciens et sur ces bureaux je découvrais des petits coffrets, des fioles. »

    Ce passage par un tunnel en vue de la découverte des richesses intérieures me fait penser à une sortie de l’utérus maternel instinctuel et à une seconde naissance beaucoup plus consciente. Le rêve me semble ainsi indiquer que la première naissance physique conduit la rêveuse à une vie toute, ou presque toute, portée par l’instinct (ici : le cheval quadrupède) tandis que la seconde naissance la conduit à une vie bien plus consciente soutenue par le compagnon ours bipède, c’est à dire par l’esprit ou animus de la rêveuse.

    Amezeg

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  8. "Grand Ours" ou "Grande Ourse", ce n'est peut-être pas le principal...;-)
    Le principal me semble quand même l'exploration intérieure et les "trésors" découverts...dans cette sorte de "caverne d'Ali Baba"...

    Sur le thème de la caverne, tu seras peut-être intéressée, Michelle, par cet article que j'avais trouvé lors de mes recherches récentes sur le sujet :
    http://gric-international.org/2006/dossiers/espaces-sacres/la-caverne-entre-symbolique-universelle-et-imaginaire-soufi/

    (1er Chapitre : 1, 2, 3, 4)

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  9. J'étais une enfant très peureuse. La présence de ma mère était pour moi un réconfort important. Dans mon rêve je quittais la maison, donc la sécurité et ma mère. La présence de l'ours derrière moi m'apportait un nouveau sentiment de sécurité, différent de celui que m'apportait ma mère. J'ai nettement l'impression que cet ours était masculin. Ma mère était un refuge contre les intempéries de la vie. Je me réfugiais dans ses bras quand j'avais vécu des choses difficiles, à l'école par exemple. Alors que cet ours au contraire m'accompagnait dans de nouveaux méandres, sans m'apporter le réconfort de ses bras mais plutôt d'une présence très discrète mais fidèle. Moi aussi, j'ai lu au sujet de l'ours qu'il était souvent un symbole maternel, et l'ours dans mon rêve de toute évidence prend la relève dans ce rôle de protecteur, rôle qui était dévolu à ma mère auparavant. Mais il est masculin, donc Amezeg a probablement raison de l'identifier à l'animus. Et son rôle est différent de celui de ma mère. Il doit me conforter dans le sentiment que la vie est une aventure qui vaut la peine d'être vécue. Ce qui n'a pas été facile à ressentir.

    J'ai accompagné mon article d'une photo que j'ai prise en Gaspésie en 1978 je crois. C'était lors de mon 1er voyage en compagnie d'un garçon, mon chum de ce temps-là. J'avais toujours eu très peur de partir en voyage avec quelqu'un. Steve a été un compagnon très agréable. Nous avons partagé repas improvisés, disputes, rires, ce fut un baptême d'aventure pour moi. J'en suis restée la tête remplie de montagnes et d'eau à perte de vue.

    Merci beaucoup Amezeg et la Licorne, voyez, grâce à vous j'ai fait le lien entre le rêve et ma photo et vous avez permis que ma réflexion me mène un peu plus loin.

    Bisous amicaux,

    Michelle

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  10. Merci pour ce lien, La Licorne, en effet, les cavernes de mon rêve sont bien lieux de passage et les tunnels et les cavernes symbolisent mon moi intérieur. (2 et 4)

    Michelle

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  11. Bonjour Michelle,

    Je fais un petit retour sur le symbole du cheval avec le passage suivant extrait de "La princesse Chatte" :

    « Le cavalier et le cheval symbolisent l'état d'une per¬sonne qui est portée par des forces vitales instinctives. Notre corps, notre fond, est un animal. Le cheval est relié à la vitalité de cette infrastructure. Il est fréquent que des personnes, après avoir rêvé que des chevaux ont été blessés ou sont en mauvais état, tombent mala¬des : quelque chose ne va pas bien dans leur corps, car, symboliquement, c'est le cheval-corps qui porte l'âme. Cela est également en relation avec l'énergie vitale. Nous évaluons encore la puissance de nos voitures en termes de « chevaux », si bien qu'il arrive souvent que, dans les rêves modernes, la voiture joue ce rôle. J'ai rêvé une fois, à la fin d'un semestre universitaire, alors que j'étais très fatiguée, que je voyais ma vieille voiture en train de rouler, conduite par quelqu'un d'autre, alors que des nuages noirs montaient à l'horizon et je pensai : « Oh! la pauvre, il faut qu'elle aille au garage pour être réparée! » Alors, je sus que c'était le moment de prendre des vacances. Si j'avais continué à travailler, j'aurais attrapé la grippe ou il me serait arrivé quelque chose. L'inconscient avait choisi la voiture pour figurer le cheval. » — Marie-Louise von Franz, "La princesse Chatte, un conte sur la rédemption du féminin", Éditions La Fontaine de Pierre

    L’adieu au cheval avant d’entamer l’exploration de la montagne en compagnie de l’ours n’est pas un adieu définitif mais semble marquer l’entrée dans l’exploration-découverte de l’âme, découverte du monde intérieur et de ses richesses cachées, venant désormais s’ajouter à la vie assez purement instinctive vécue jusque là.
    Je me demande également si cette entrée dans la découverte de l’âme n’aurait pu, éventuellement, survenir à l’occasion d’une maladie de l’enfance (grippe, ou autre...) qui, même sans gravité, fait momentanément un peu "vaciller le cheval" et en fait tomber le cavalier/la cavalière.

    Amezeg

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  12. Oui, ça me parle bien ce que tu écris là: l'entrée dans l'exploration-découverte de l'âme venant s'ajouter à la vie instinctive vécue jusque là.

    Étrangement, ce commentaire entre dans mon courriel comme s'il venait de la Licorne, et c'est arrivé aussi à ton 1er commentaire... la licorne étant un cheval mythique, ça m'interpelle, hi, hi!

    Merci Amezeg!
    xxx

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    1. C’est une façon assez cavalière d’entrer, ainsi déguisé, dans ton courriel...tu ne sauras bientôt plus à qui tu as à fer...

      Toutefois, henni soit qui mal y pense !

      Amezeg :-))

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  13. Bonjour Michelle !

    J'espère que tu vas bien...

    J'ai une petite faveur à te demander : accepterais-tu de prêter ce rêve pour une publication sur "Grands rêves" ?

    pas tellement pour l'analyser, puisque c'est déjà fait, mais plus comme illustration...)

    La Licorne

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  14. Bonjour Michelle !

    J'espère que tu vas bien...

    J'ai une petite faveur à te demander : accepterais-tu de prêter ce rêve pour une publication sur "Grands rêves" ?

    pas tellement pour l'analyser, puisque c'est déjà fait, mais plus comme illustration...)

    La Licorne

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